Du principe de précaution

Emmanuel Desclèves

Juin 2008

« La morale de la sécurité remplace aujourd’hui celle du risque » – Henri Troyat

« La civilisation grecque s’est éteinte dans les arguties, la civilisation romaine est morte dans les orgies, …et nous sommes en train de sombrer dans le principe de précaution ».

Ecrite récemment par un mathématicien, cette forte parole met en évidence l’espèce de gangrène qui nous guette aujourd’hui par bien des voies plus ou moins directes.

Avec la montée du juridisme, la multiplication des mises en cause de différents responsables devant les tribunaux ou encore l’application d’une certaine forme procédurière de démarche qualité dévoyée de ses principes, on observe malheureusement une sorte de mouvement de retrait vis-à-vis de toute responsabilité personnelle.

De plus en plus de personnes se retranchent aujourd’hui derrière des textes et appliquent des procédures sans se soucier du tout de leur pertinence ni même de leur validité dans la situation concernée.

Plus inquiétants encore, ceux qui ont perdu tout libre arbitre vis-à-vis de ces règlements, au point de se comporter parfois comme de simples robots.

« L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté », écrivait Rousseau. Il s’agissait en l’occurrence de choisir librement et surtout personnellement, expression même de la responsabilité individuelle.

Prenons garde aujourd’hui à ces multiples règlements et ces procédures, que nous forgeons souvent nous-mêmes, qui peuvent se transformer insidieusement en autant de liens et de carcans de nature à nous piéger plus efficacement parfois que si nous nous étions mis volontairement derrière des barbelés.

Beaucoup de conseillers et d’experts en tous genres, sont prêts à nous enfermer dans ces prisons intellectuelles avec les meilleurs arguments.

Essayons donc de garder raison, de préserver notre libre arbitre au point de savoir dire non à bon escient, dans la perspective de conserver et de promouvoir cet esprit d’entreprise, propre de l’homme, sans lequel il n’y a ni liberté ni progrès.

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